Compte-rendu de conférence « l’accompagnement à l’usage des réseaux sociaux » Sypa.

Publié le .

  • Date: 24 Avril 2016
  • Lieu : Namur-La Marlagne-
  • Personnes présentes:

280 personnes des services d’aide à la jeunesse de l’arrondissement de Namur

  • Objectif de la réunion:

Formation annuelle sur le thème des usages problématiques des réseaux sociaux et l’accompagnement des jeunes par les équipes qui les entourent.

  • Synthèse de la conférence:

Le centre de référence en santé Mental (CrésaM) et le service action ciné media jeunes (Acmj) ont animé cette conférence : Quel que soient les intervenants, Internet et l’espace numérique en général doivent être envisagés comme une zone d’autonomie.

Mr Minotte a exprimé les nombreux avantages que cet espace offre aux utilisateurs (il a d’ailleurs soulevé l’idée de collecter l’ensemble des choses qu’offrent ces espaces pour rassurer les parents. En prenant pour exemple la solidarité qui existe sur les forums).

Mr Minotte considère que l’usage « défectueux », « inapproprié » d’un jeune de cet espace est le reflet d’un dysfonctionnement familial. Il a attiré l’attention de l’assemblée sur le fait qu’il ne fallait ne pas perdre du vue que l’interprétation des écrits est bien souvent à l’origine des problèmes.

De plus le jeune, derrière son écran, est bien souvent en insécurité affective.

Mr Minotte évoquera ensuite les jeux vidéo comme étant des sources de construction de l’enfant. Ce type d’activités (quel que soit son contenu) sous-entendent des règles, un cadre dans lequel évolue le joueur. Celui-ci, au travers de ses choix et de ses actions, gère ses émotions, libère ses frustrations.

Le jeu vidéo permet également à certains jeunes en souffrance (angoisses, déprimes, etc…) d’être absents de leur vie durant un temps.

Les explosions, les tires libèrent de l’adrénaline chez les joueurs, cela leur permet d’exprimer leurs tensions intérieures mais aussi d’exprimer des dimensions de leurs personnalités.

Mr Minotte précisera qu’à 4ans, un enfant est en mesure de distinguer le réel du virtuel. Qu’a 9 ans, un enfant est en mesure d’aborder internet.

Il précisera que les gros joueurs sont rarement dans une dynamique de changement de comportement. Le mieux à faire pour un travailleur social qui se trouve face à un joueur « addict » est de tenter d’amener le jeune à lui parler de ce qu’il fait dans son jeu (pourquoi as-tu créé ton personnage comme ça ? Comment évolue ta carrière ? Pourquoi as-tu fait ces choix? Etc…) et il déconseille aux travailleurs de jouer avec le jeune.

Deux personnes d’ACMJ ont ensuite pris la parole pour expliquer que l’espace des réseaux sociaux est intimement lié à l’identité numérique et que celle-ci est en lien avec la construction de l’identité de l’enfant, du  jeune. Puisqu’internet est un espace public, il faut amener le jeune à gérer sa vie publique. L’idéal est de faire entendre au jeune qu’il y a une gradation dans ce qu’il peut gérer et ce qu’il ne gère plus :

1-ce que je dis de moi,

2-ce que je fais de manière involontaire (traçage et pistage des sociétés commerciales),

3-ce que les autres disent de moi.

Le service explique aux jeunes qu’être en ligne, c’est du réel. Que c’est un moyen de communiquer. Ils essaient d’amener le jeune sur  la question de l’intérêt qu’ils ont dans l’immédiateté de leurs réponses (en faisant lien avec la rapidité de notre société, à la reproduction des comportements, au manque de recul et les erreurs qui sont commises lorsqu’on agit sans réfléchir préalablement).

Ils viennent à parler d’empathie et de respect envers autrui.

Le service nous a présenté une vidéo qu’il utilise pour aborder cette question dans laquelle un jeune garçon à forte corpulence se fait moquer par des élèves de son école et qui est relayé par les réseaux sociaux.

https://www.youtube.com/watch?v=eGWS5gk9sFQ

Il demande ensuite aux jeunes d’imaginer ce qu’ils pourraient faire (coupé à 1,23min) pour stopper cette situation. Le service met en avant le rôle des témoins dans ce genre de situation.

Il explique que si les jeunes viennent à dire qu’ils n’ont pas envie de se mouiller, la meilleure des choses est au moins de ne pas relayer les posts diffamants.

Le service s’efforce de développer le sens critique sans moraliser le jeune.

Les discussions ont ensuite tourné autour de la notion du temps d’utilisation. ACMJ explique que notre usage d’adulte est déjà chronophage et que l’image que renvoi le parent sur cette question est déterminante. Comment demander à un enfant de moins utiliser son GSM si le parent est lui-même dans une relation « fusionnelle » avec son propre appareil ?

Deux juges de l’aide à la jeunesse ont ensuite pris la parole pour définir les différentes formes de harcèlements et nous ont présenté les recours possibles.

Il existe un décret-mission de 97 qui prévoit l’exclusion d’élèves dans le cas où du harcèlement est avéré.

Il existe du harcèlement dit « classique ». Ce dernier ne peut être reconnu que si le délit a fait l’objet d’une plainte et que la victime a «également déposé plainte. Les juges ont précisé que le second point n’était désormais plus nécessaire.

Il existe du harcèlement par les moyens de télécommunication. Celui-ci comprend les menaces, la calomnie, la diffamation, les injures, le sexe, la pédopornographie, incitation à la débauche, l’outrage aux bonnes mœurs, le voyeurisme, le grooming (mise en confiance pour mieux atteindre la personne), la cyber-prédation, l’usurpation d’identité, la discrimination, l’incitation à la haine, le sabotage (ex :usurpation d’identité sur Facebook, c’est Facebook qui est utilisé à de mauvaises fins et le législateur a suivi la décision du parquet de Liège en considérant cette notion de sabotage. Le parquet a estimé que Facebook avait été floué).

Les juges ont ensuite parlé des recours, des procédures qui sont utilisés dans le cadre du harcèlement via les réseaux sociaux. Sur ce thème les juges utilisent certains volets du code civil :

  • Le droit à l’image (rapport entre ce qui est de l’intimité et ce qui est de l’extimité (comment j’affiche mon intimité en public),
  • Le droit à l’oubli (cela est encore flou actuellement),
  • Le rapport à la discrimination, la diffamation, au harcèlement,
  • Protection des mineurs,
  • Les droits d’auteurs.

En fonction de l’âge de la personne  (victime ou auteur), les sanctions sont plus lourdes si  l’enfant est jeune et le sont moins si les personnes sont plus âgées.

En cas de problème, saisir le juge de la jeunesse. Ce dernier peut prendre la décision suivante :

1- opportunité de poursuite (classement sans suite)

Le parquet envoi un courrier au responsable des faits pour « marquer le coup » et l’informer qu’il a suffisamment d’éléments à charge à son encontre mais qu’il classe sans suite, ce qui ne veut pas dire que la situation est oubliée.

2-Rappel à la loi (amener le jeune aux magistrats)

3- la médiation (mettre en relation la victime et l’auteur des faits via un SAR)

4-Saisine du juge (ce qui arrive très rarement)

La juge de l’aide à la jeunesse précise que le matériel qui a servi pour pratiquer le harcèlement peut être saisi.

L’AMO de Gembloux a mené un projet avec ACMJ en utilisant des vidéos réalisées par des jeunes à destination des parents. De nombreux sujets ont été identifiés. L’une d’elle nous a été présentée autour de la « PornRevenge ». Le projet s’intitule « Internet expliqué à ta mère ».

Le service ACMJ est venu ensuite à expliquer à l’assemblée qu’avant d’employer ces moyens de communication par un service, il est indispensable que l’équipe prenne le temps de la réflexion et aborde les points suivants :

  • Que l’on soit pour ou contre cette utilisation, il faut garder en tête que c’est un moyen de créer le lien avec le jeune.
  • Pour qui nous allons le faire ?
  • Pourquoi nous allons le faire ?
  • Pour surveiller ce que font les jeunes ?
  • Pour garder le contact avec eux ?
  • Pour communiquer sur nos projets ?
  • Comment nous le mettons en place ?
  • Doit-on avoir un outil exclusivement réservé à cette usage ?
  • Lequel choisir ?
  • Comment réguler le temps d’utilisation de ces outils pour qu’ils n’empiètent pas sur le bon fonctionnement de la vie d’un service.
  • Quel est l’objectif sous-jacent à cette démarche ? Est-ce pour avoir un droit de regard sur ce que font les jeunes ? Les interroger ? Échanger avec eux ?
  • Possession d’un outil par travailleur ou d’un outil pour l’équipe ?
  • Que l’équipe soit cohérente entre les règles et les usages
  • Comment gérer et modérer ?

ACMJ nous a présenté leurs points de vue quant à l’utilisation des réseaux sociaux par le jeune au sein d’une famille.

  • Ceux-ci pensent qu’avant 12 ans, un enfant ne devrait pas avoir accès à ce genre de moyen de communication, notamment par rapport à la faisabilité du contrôle.
  • Le temps d’utilisation dépend intimement des tâches qui doivent être réalisées à la maison
  • Déterminer des règles fixes pour certains moments de la journée ou la vie de famille prend le pas sur tout autre chose (repas, sommeil, etc…)
  • Amener le jeune à équilibrer ses activités.
  • Le droit de regard dans un premier temps doit être limité notamment par rapport au respect de la vie privée de l’enfant mais aussi pour démarrer dans un climat de confiance avec son enfant
  • Tout est ré-négociable avec son enfant s’il dépasse notamment le cadre. Si ce dernier « revient dans les coups », revenir sur la règle précédente.
  • En matière de responsabilité de l’adulte envers les enfants sont concernés l’école, les parents et les services d’aide à la jeunesse.

ACMJ rappellera que sur Facebook, il existe trois manières de se connecter

Se créer un profil

Se créer une page ?

Se créer un groupe ? (ce dernier peut-être privée ou public). Les membres d’un groupe ne sont pas nécessairement amis.

Les discussions se termineront sur le fait que c’est un espace public auquel nous avons accès par un service privé.